Début Juin, l'Institut Goethe à Paris a présenté la pièce "Raillerie,satire, ironie et sens plus profond" d'un dramaturge aujourd'hui presque oublié. Contemporain de Heine, Christian Dietrich Grabbe (1801-1836) se livre dans cette comédie de 1822 à un loufoque et jubilatoire jeu de massacre prenant pour cible la mesquinerie et la médiocrité de son époque, dont il n’épargne aucun représentant.
Rien d’étonnant, donc, à ce que le père d’Ubu Roi, Alfred Jarry, se soit enthousiasmé pour cette farce littéraire au point d’en donner une traduction à la fin du siècle, rendant un bel hommage à ce précurseur du théâtre de l’absurde.
Par ses pièces les plus marquantes, Grabbe se situe en effet dans la lignée de
dramaturges allemands qui rassemble J. M. R. Lenz, Büchner, et le jeune Hebbel.
Cette lignée aboutira au théâtre expressionniste, puis à Brecht. Il est
d'ailleurs probable que Büchner se soit inspiré dans "La Mort de Danton" des scènes de foule du
Napoléon de Grabbe ("Napoleon oder Die hundert Tage" - ''Napoléon ou les Cent-Jours'').
Oubliée, l'œuvre de Grabbe est redécouverte par les dramaturges naturalistes et expressionnistes. Il est consacré comme auteur à dimension nationale sous le Troisième Reich, qui exploite son antisémitisme et la teneur de certaines de ses pièces telle que Die Hermannsschlacht (La Bataille d'Arminius ).
Grabbe, rongé par l'alcoolisme et son état dépressif, meurt à Detmold, ville de sa naissance, en 1836.









