mardi 4 août 2026

Wim Wenders, l'oeil du Nouveau Cinéma allemand

A l'occasion des 80 ans du grand cinéaste Wim Wenders, le musée du cinéma allemand de Francfort-sur-le-Main lui consacre une rétrospective d’une grande richesse.   Elle s’intitule « W.I.M. Im Lauf der Zeit » et c'est Wenders lui-même qui a forgé l’acronyme( "W.I.M." pour "Wenders in motion").

Wim Wenders est l’une des figures majeures de ce qu'on a appelé le Nouveau Cinéma allemand, génération de cinéastes qui a renouvelé le 7e Art en Allemagne à partir des années 1960.. Avec un don d’observation unique et une profonde empathie pour les lieux et les états d’âme, il a appris au public à regarder le réel autrement.

Il se voit avant tout comme « un voyageur, avant d’être un réalisateur ou un photographe », dit-il. Le voyage est un leitmotiv de ses films. C’est donc à un voyage que l’exposition invite. À un périple immersif au cœur de la vie et de l’œuvre du réalisateur qui a porté à l’écran Paris, Texas, Les Ailes du désir, Buena Vista Social Club, Pina ou Perfect Days. Wim Wenders sert lui-même de guide au visiteur.

Le paysage est l’un de ses autres grands centres d’intérêt. Souvent, ses œuvres ont un lieu pour point de départ, autour duquel se construit une histoire.  

Au total, l’exposition rassemble 350 pièces et objets personnels. Elle montre aussi des extraits de ses films, dont L’Ami américain, Paris, Texas (Palme d’or à Cannes), Les Ailes du désir (Prix de la meilleure réalisation à Cannes), Pina sur la chorégraphe Pina Bausch, Le Sel de la Terre sur le photographe brésilien Sebastião Salgado (nommé aux Oscars) ou Perfect Days (nommé aux Oscars). 

Exposition au musée allemand du film de Francfort-sur-le-Main jusqu’au 18 octobre 2026.

lundi 27 juillet 2026

Quand le Jazz libéra l'Allemagne...

1945, l’Allemagne vaincue est détruite, le régime en déroute, un grand nombre d’hommes faits prisonniers. La démocratie n’existe pas. Tout est à (re)construire. Les troupes alliées ont amené avec elles, et notamment les Américains, le Jazz, une musique si prenante que la jeunesse européenne se laisse séduire immédiatement. 

Les Allemands ne font pas exception, ils sont saisis par cette musique qui leur permet de se libérer, de s’exprimer, imités en cela par les autres États, vaincus ou vainqueurs. C’est au son de cette musique américaine, et plus tard du rock ‘n’ roll, qu’ils vont apprendre ou réapprendre la démocratie occidentale. 

Mais cette musique est-elle seulement émancipatrice ou plutôt le symbole de la mainmise d'une autre puissance dominante désormais ?   La question s’est déjà posée avec la même acuité en 1920, date à laquelle les Allemands furent confrontés pour la première fois au jazz dans des circonstances assez proches de 1945 : une défaite humiliante, l’effondrement du régime, une démocratie imposée par les vainqueurs .                               .../...

lundi 20 juillet 2026

"Scherz, Satire, Ironie und tiefere Bedeutung" - Grabbe, un auteur méconnu

Début Juin, l'Institut Goethe à Paris a présenté la pièce "Raillerie,satire, ironie et sens plus profond" d'un dramaturge aujourd'hui presque oublié. Contemporain de Heine, Christian Dietrich Grabbe (1801-1836) se livre dans cette comédie de 1822 à un loufoque et jubilatoire jeu de massacre prenant pour cible la mesquinerie et la médiocrité de son époque, dont il n’épargne aucun représentant.

Rien d’étonnant, donc, à ce que le père d’Ubu Roi, Alfred Jarry, se soit enthousiasmé pour cette farce littéraire au point d’en donner une traduction à la fin du siècle, rendant un bel hommage à ce précurseur du théâtre de l’absurde.

Par ses pièces les plus marquantes, Grabbe se situe en effet dans la lignée de dramaturges allemands qui rassemble J. M. R. Lenz, Büchner, et le jeune Hebbel. Cette lignée aboutira au théâtre expressionniste, puis à Brecht. Il est d'ailleurs probable que Büchner se soit inspiré  dans "La Mort de Danton" des scènes de foule du Napoléon de Grabbe ("Napoleon oder Die hundert Tage" - ''Napoléon ou les Cent-Jours'')

Oubliée, l'œuvre de Grabbe est redécouverte par les dramaturges naturalistes et expressionnistes. Il est consacré comme auteur à dimension nationale sous le Troisième Reich, qui exploite son antisémitisme et la teneur de certaines de ses pièces telle que Die Hermannsschlacht  (La Bataille d'Arminius ).

Grabbe, rongé par l'alcoolisme et son état dépressif, meurt à Detmold, ville de sa naissance, en 1836.


 

 

dimanche 12 juillet 2026

Hjalmar Schacht - l'étonnant banquier de Hitler

Il est celui qui a jugulé l’hyperinflation allemande des années 1920, avant d’être le ministre de l’Economie d’Hitler dans les années 1930. Hjalmar Schacht (1877-1970) est certainement le personnage le plus incontournable de l’histoire économique allemande du début du XXe siècle.

Né en 1877 dans la ville allemande de Tinglev (actuel Danemark) au sein d’une famille germano-danoise revenue en Allemagne après une expatriation aux Etats-Unis, Schacht a oscillé entre opportunisme et conviction, entre expertise technique et soutien à l’extrême droite.

Pour lui, la République de Weimar a échoué dans la régulation de la crise qui a frappé l'Allemagne à la fin des années 1920. Ainsi il n'hésitera pas à collaborer avec le IIIe Reich, allant jusqu'à devenir ministre de l'Économie d'Hitler.


Brillant économiste et financier, Hjalmar Schacht a été le créateur du Rentenmark, avant de devenir le président de la Reichsbank. Invité par Hermann Göring à un dîner, il rencontre Hitler, le 5 janvier 1931. Au pouvoir, le Führer nomme Schacht président de la Reichsbank le 17 mars 1933. Puis, il le désigne ministre de l'Economie en 1934. A partir de septembre, Schacht lance son « Plan nouveau », consistant à organiser le pays en autarcie, en restreignant les importations aux seules matières premières nécessaires au réarmement et à tirer profit de la faiblesse de certains partenaires commerciaux de l'Allemagne. 

Accusé d'être impliqué dans l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, Schacht est interné dans divers camps de concentration jusqu'à la fin de la guerre. Libéré par les Alliés, il figure parmi les personnalités arrêtées et jugées lors du procès de Nuremberg. Il est acquitté et relâché en 1948.

Schacht meurt, à Munich, le . 

 


samedi 4 juillet 2026

Rudi Altig, le "colosse de Mannheim"...

Certes, l'Allemagne vient d'être évincée du Mondial de Football 2026, énorme surprise pour ceux qui suivent la "Mannschaft", au palmarès plus que brillant.

Mais un autre événement démarre ce 4 juillet, le Tour de France, qui n'a rien perdu de son aura légendaire et de son attrait chez tous ceux qui regardent la grande boucle, au bord de la route ou sur les écrans.

C'est l'occasion de se remémorer la carrière d'un grand du monde du vélo, l'Allemand Rudi Altig (1937-2016)Considéré comme l’un des plus grands cyclistes allemands de l’histoire, il a marqué les années 1960 par sa polyvalence exceptionnelle, brillant aussi bien sur route que sur piste.

Son style de course agressif et sa puissance lui ont acquis le surnom de "colosse de Mannheim", sa ville natale.   Redoutable dans les sprints comme dans les courses contre-la-montre, il a longtemps été considéré comme la référence du cyclisme allemand au point qu’il fut durant les années 1960, l’un des principaux rivaux de Jacques Anquetil et de Raymond Poulidor.

Il a notamment remporté le Tour d'Espagne en 1962, devenant le premier Allemand à gagner cette épreuve. La même année, il est lauréat du maillot vert du Tour de France. En 1966, il devient champion du monde sur route sur le circuit du Nürburgring.

Rudi a brillé sur piste en devenant par trois fois champion du monde de poursuite (1959 chez les amateurs, puis 1960 et 1961 chez les professionnels). A son palmarès encore, deux des plus prestigieuses classiques du cyclisme : le Tour des Flandres et Milan-San Remo.

Altig na jamais vraiment nié l’existence du dopage au sein du peloton. Au contraire, il a reconnu que ces pratiques étaient extrêmement répandues et a laissé entendre qu’il y avait lui-même participé, considérant, comme tous les autres coureurs, que tout le monde "prenait des stimulants".    

Pour la petite histoire, Rudi Altig a couru son premier Tour de France comme équipier de cette autre icône du cyclisme de l'époque, Jacques Anquetil... 

Rudi Altig a fait l'objet d'un reportage dans "Les coulisses de l'exploit" en 1963 (cliquez ci-dessous):

 Rudi Altig

                                     

 



Siegfried Lenz - La responsabilité individuelle entre la loi et la morale

Siegfried Lenz (1926-2014), conteur d’exception, écrivain de la mémoire et de la responsabilité, a été une voix majeure de la littérature allemande de l’après-guerre.  Conteur d’exception, romancier, nouvelliste, essayiste et dramaturge traduit en vingt langues, il a consacré son œuvre à interroger la responsabilité individuelle et collective face au passé nazi.

Né à Lyck en Prusse orientale, Siegfried Lenz appartient à la génération de Günter Grass et Martin Walser. Une génération qui a grandi sous le nazisme, vécu l’expérience de la guerre et atteint l’âge adulte dans les ruines de 1945. 

Les thèmes de son oeuvre, la culpabilité historique, la responsabilité individuelle et la tension entre la loi et la morale - s’inspirent des expériences de cette génération. Ce sont des interrogations fondamentales toujours actuelles. Lenz se fait le chroniqueur de la société d’après-guerre. Il en explore les conflits latents. Son bestseller, La leçon d’allemand (Deutschstunde), dont un film a été tiré en 2024,  paraît en 1968, année de la révolte étudiante qui voit la génération née après la fin du nazisme demander des comptes à ses parents.  

Son univers littéraire tourne souvent autour de l’Allemagne du Nord et de la Masurie de son enfance. Ses descriptions de la nature sont mémorables. Elles font aussi de lui un pionnier de l’écologie. Engagé au Parti social-démocrate (SPD), défenseur de l’Ostpolitik de Willy Brandt et ami de son successeur, Helmut Schmidt, Siegfried Lenz a toute sa vie pris la défense de la nature. 

Source : Allemagne en France 

dimanche 28 juin 2026

Max Liebermann, figure de l'impressionnisme allemand

Récemment, une exposition au Musée Barberini de Potsdam a rendu hommage au peintre Max Liebermann, pionnier de l'avant-garde impressionniste en Allemagne.  Né en France, l’impressionnisme s’est imposé au tournant du 20e siècle comme l’une des premières avant-gardes picturales outre-Rhin. 

Artiste naturaliste établi à Paris dans les années 1870, Max Liebermann (1847-1935), fut séduit par ce mouvement et permit à l’impressionnisme de traverser le Rhin. Il ne se contenta pas de s’en inspirer dans sa peinture. Il fut parmi ses premiers collectionneurs et contribua à sa diffusion en Allemagne.  Il décrocha même une médaille à l’Exposition universelle de 1889.

Une nouvelle génération d’artistes allemands s’inscrivit dans ce mouvement. Les impressionnistes allemands, toutefois, ne se contentèrent pas de regarder vers la France. Ils ont su emprunter une voie propre et développer un langage personnel. Ils se sont, par exemple, davantage intéressés à la dimension sociale de l’art (orphelinat, enseignement), à l’anonymat de la grande ville, au théâtre et à la dimension narrative de l’art.  

Source : Allemagne en France