Affichage des articles dont le libellé est Point Culture. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Point Culture. Afficher tous les articles

lundi 17 août 2026

Brecht, apôtre du "théâtre épique"


Il y a peu était célébré le 70e anniversaire de la mort d’un dramaturge célèbre qui a véritablement « dynamité » le théâtre allemand :

Berthold BRECHT (1898-1956 )
poète, dramaturge et metteur en scène.

Né à Augsburg, d’une famille bourgeoise,  Brecht est mobilisé comme infirmier en 1918. Et cette expérience de la guerre va l'amener à rejeter le patriotisme et les valeurs de la société bien-pensante. La guerre et ses horreurs auront une grande influence sur lui.  Dès 1928, il devient célèbre avec sa pièce L’Opéra de quat’sous (die Dreigroschenoper ) qui casse tous les codes du théâtre traditionnel allemand.

Acquis aux idées marxistes, il voit, à partir de 1930, ses pièces interrompues par les nationaux socialistes,
l'obligeant à s’exiler en différents pays d’Europe, puis aux États Unis pendant la période nazie.    Il ne reviendra en Allemagne qu’après 1945 pour sinstaller en Allemagne de lEst, à Berlin, où il fonde en 1949 le Berliner Ensemble avec son épouse Hélène Weigel, un théâtre qui abritera la troupe qu'il a constituée.

Brecht n'a jamais voulu faire oublier au spectateur quil est dans un théâtre, mais simplement lui faire prendre conscience de ce quil regarde. C’est ce quil appelle le  « théâtre épique », opposé au théâtre dramatique traditionnel. Le théâtre épique était une réaction contre d'autres formes populaires du théâtre, en particulier l'approche naturaliste.

Pour créer un effet de distance avec ce que voit le spectateur, Brecht utilise plusieurs procédés :

  • les acteurs peuvent sadresser directement au public ;

  • des chansons interrompent laction ;

  • des panneaux annoncent ou résument les scènes ;

  • les décors peuvent rester volontairement visibles ;

  • l’acteur ne cherche pas toujours à « devenir » son personnage ;

  • certaines scènes sont racontées plutôt que jouées de manière réaliste.

Le but de Brecht n’est pas de supprimer l’émotion, il souhaite que l’émotion n’empêche pas la réflexion.

On retrouve dans le théatre de Brecht des influences marxistes certes, mais aussi celles du théâtre chinois, du cabaret, de la musique populaire et des avant-gardes européennes.

Source : en collaboration avec Jean Belliato


lundi 20 juillet 2026

"Scherz, Satire, Ironie und tiefere Bedeutung" - Grabbe, un auteur méconnu

Début Juin, l'Institut Goethe à Paris a présenté la pièce "Raillerie,satire, ironie et sens plus profond" d'un dramaturge aujourd'hui presque oublié. Contemporain de Heine, Christian Dietrich Grabbe (1801-1836) se livre dans cette comédie de 1822 à un loufoque et jubilatoire jeu de massacre prenant pour cible la mesquinerie et la médiocrité de son époque, dont il n’épargne aucun représentant.

Rien d’étonnant, donc, à ce que le père d’Ubu Roi, Alfred Jarry, se soit enthousiasmé pour cette farce littéraire au point d’en donner une traduction à la fin du siècle, rendant un bel hommage à ce précurseur du théâtre de l’absurde.

Par ses pièces les plus marquantes, Grabbe se situe en effet dans la lignée de dramaturges allemands qui rassemble J. M. R. Lenz, Büchner, et le jeune Hebbel. Cette lignée aboutira au théâtre expressionniste, puis à Brecht. Il est d'ailleurs probable que Büchner se soit inspiré  dans "La Mort de Danton" des scènes de foule du Napoléon de Grabbe ("Napoleon oder Die hundert Tage" - ''Napoléon ou les Cent-Jours'')

Oubliée, l'œuvre de Grabbe est redécouverte par les dramaturges naturalistes et expressionnistes. Il est consacré comme auteur à dimension nationale sous le Troisième Reich, qui exploite son antisémitisme et la teneur de certaines de ses pièces telle que Die Hermannsschlacht  (La Bataille d'Arminius ).

Grabbe, rongé par l'alcoolisme et son état dépressif, meurt à Detmold, ville de sa naissance, en 1836.


 

 

samedi 4 juillet 2026

Siegfried Lenz - La responsabilité individuelle entre la loi et la morale

Siegfried Lenz (1926-2014), conteur d’exception, écrivain de la mémoire et de la responsabilité, a été une voix majeure de la littérature allemande de l’après-guerre.  Conteur d’exception, romancier, nouvelliste, essayiste et dramaturge traduit en vingt langues, il a consacré son œuvre à interroger la responsabilité individuelle et collective face au passé nazi.

Né à Lyck en Prusse orientale, Siegfried Lenz appartient à la génération de Günter Grass et Martin Walser. Une génération qui a grandi sous le nazisme, vécu l’expérience de la guerre et atteint l’âge adulte dans les ruines de 1945. 

Les thèmes de son oeuvre, la culpabilité historique, la responsabilité individuelle et la tension entre la loi et la morale - s’inspirent des expériences de cette génération. Ce sont des interrogations fondamentales toujours actuelles. Lenz se fait le chroniqueur de la société d’après-guerre. Il en explore les conflits latents. Son bestseller, La leçon d’allemand (Deutschstunde), dont un film a été tiré en 2024,  paraît en 1968, année de la révolte étudiante qui voit la génération née après la fin du nazisme demander des comptes à ses parents.  

Son univers littéraire tourne souvent autour de l’Allemagne du Nord et de la Masurie de son enfance. Ses descriptions de la nature sont mémorables. Elles font aussi de lui un pionnier de l’écologie. Engagé au Parti social-démocrate (SPD), défenseur de l’Ostpolitik de Willy Brandt et ami de son successeur, Helmut Schmidt, Siegfried Lenz a toute sa vie pris la défense de la nature. 

Source : Allemagne en France 

dimanche 28 juin 2026

Max Liebermann, figure de l'impressionnisme allemand

Récemment, une exposition au Musée Barberini de Potsdam a rendu hommage au peintre Max Liebermann, pionnier de l'avant-garde impressionniste en Allemagne.  Né en France, l’impressionnisme s’est imposé au tournant du 20e siècle comme l’une des premières avant-gardes picturales outre-Rhin. 

Artiste naturaliste établi à Paris dans les années 1870, Max Liebermann (1847-1935), fut séduit par ce mouvement et permit à l’impressionnisme de traverser le Rhin. Il ne se contenta pas de s’en inspirer dans sa peinture. Il fut parmi ses premiers collectionneurs et contribua à sa diffusion en Allemagne.  Il décrocha même une médaille à l’Exposition universelle de 1889.

Une nouvelle génération d’artistes allemands s’inscrivit dans ce mouvement. Les impressionnistes allemands, toutefois, ne se contentèrent pas de regarder vers la France. Ils ont su emprunter une voie propre et développer un langage personnel. Ils se sont, par exemple, davantage intéressés à la dimension sociale de l’art (orphelinat, enseignement), à l’anonymat de la grande ville, au théâtre et à la dimension narrative de l’art.  

Source : Allemagne en France 

mardi 23 juin 2026

Max Ernst, un surréalisme foisonnant

Le surréaliste Max Ernst (1891-1976) nous a légué une œuvre à l’imaginaire fascinant. Si Paris a été le centre de gravité de sa vie, c’est Bonn qui l’a vu naître en tant qu’artiste.   À l’occasion du 50e anniversaire de sa mort, une exposition dévoile une période méconnue de sa vie : ses débuts sur les bords du Rhin et son amitié avec le peintre expressionniste allemand August Macke (1887-1914).  

A son retour du front français et polonais, Ernst s’installera à Paris et deviendra l’une des figures de proue de l’avant-garde artistique internationale.  La guerre et son absurdité seront le tournant de sa vie, sur le plan personnel et artistique. Elles ont aussi fait disparaître un monde autour de lui, notamment son ami et mentor, le peintre expressionniste August Macke, fauché en Champagne dès les premières semaines du conflit, à 27 ans. 

Macke, météore de la peinture, est entré dans l’histoire comme l’une des grandes figures de l’expressionnisme. Voix majeure du Cavalier bleu, il était l’un des pivots du réseau artistique constitué autour de l’expressionnisme rhénan.  La guerre a séparé leurs destins.  Mais un lien solide a uni pendant quelques années les deux artistes rhénans au début des années 1910.   

Un lien rarement mis en lumière, qui fait aujourd’hui l’objet de l’exposition « Visions de la modernité - August Macke et Max Ernst  ». Présentée au Musée August Macke de Bonn jusqu’au 23 août 2026.

La perception visuelle jouait un grand rôle pour l’un comme pour l’autre. Pour Ernst, le regard était surtout synonyme de vision intérieure et d’association visuelle entre les structures picturales. Pour Macke, le mouvement de l’œil devant une œuvre d’art contribuait fondamentalement à la vitalité de celle-ci.  

Source : Missions allemandes en France 


lundi 6 avril 2026

Jürgen Habermas : Un optimisme rationnel

"La communication rationnelle est le meilleur moyen de sauver la société démocratique", tel était l'un des principes fondamentaux du philosophe allemand Jürgen Habermas mort le 14 mars dernier à l'âge de 96 ans (1929-2026).

Défenseur de l'Europe, théoricien du langage, penseur de l'écologie politique, héritier des Lumières, Habermas déjouait les catégories  et a toujours cherché à faire valoir les capacités de la raison à reconstruire un monde meilleur, en dépit de tous les motifs - surtout de nos jours - que nous aurions de désespérer.

Conseiller juridique et économiste, son père avait adhéré au parti nazi et lui-même fut conduit à adhérer aux Jeunesses Hitlériennes. Hanté plus tard par la responsabilité individuelle et collective de son peuple, il s'oriente vers des études de philosophie. En 1955, le philosophe et sociologue Theodor Adorno, un des maîtres de l'Ecole de philosophie de Francfort, le repère  et en fait son assistant personnel.

A partir des années 1970, Habermas va déployer une pensée originale de la communication qui s'appuie sur la pratique du langage pour repenser l'ensemble des procédures démocratiques.   Et face aux aux incertitudes qui plombent notre siècle, sa foi lucide en une "raison faible, faillible, mais non défaitiste" apparait aujourd'hui plus clairvoyante que jamais. 

vendredi 27 mars 2026

28/03/2026 - Willy Ronis et la RDA à Tonnerre

L’Association de Préservation et de Soutien du Musée de la RDA, à Tonnerre, vous invite à une conférence exceptionnelle animée par Ronan Guinée, Chargé de collections au Département de la photographie de la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie, ce samedi 28 Mars à la salle Marland de Tonnerre, à 15h.

Ronan Guinée viendra nous présenter des photographies de 𝗪𝗶𝗹𝗹𝘆 𝗥𝗼𝗻𝗶𝘀, grand photographe humaniste, et l’un des rares photographes occidentaux à avoir pu, dès 1967, réaliser un reportage aussi complet que passionnant sur la République Démocratique Allemande.

Un éclairage rare sur un travail photographique majeur, entre regard artistique et témoignage historique.

Willy Ronis n’a pas photographié de manifestations officielles du pouvoir, mais suggère un regard critique porté sur les scènes du quotidien : réception de la radio ouest-allemande par un transistor, contrastes sociaux...

La RDA ne fut reconnue comme État par la France qu’en 1973 et Ronis est l’un des rares photographes occidentaux à avoir eu si tôt l’autorisation de réaliser un document complet sur la RDA, en balayant toutes les catégories sociales, toutes les générations. 

✍️ La conférence sera suivie d’une dédicace de ses ouvrages et d’un moment convivial autour d’un pot de l’amitié.  
👉 Un rendez-vous à ne pas manquer pour les amateurs de photographie, d’histoire et de regards engagés.

samedi 21 mars 2026

La "Gemäldegalerie" de Berlin : des chefs-d'oeuvre à domicile

La Gemäldegalerie de Berlin possède l'une des plus importantes collections au monde de peinture européenne du 13e au 18e siècle. Des chefs-d'œuvre de toutes les époques de l'histoire de l'art, dont des tableaux de Jan van Eyck, Pieter Bruegel, Albrecht Dürer, Raphaël, Titien, Caravage, Peter Paul Rubens, Rembrandt et Vermeer
y sont exposés.

Nouvelle réjouissante : la Galerie de peinture (Gemäldegalerie) a mis en ligne sur l’application Google Arts & Culture plus de 1 100 chefs-d’œuvre de cette peinture allemande, italienne et hollandaise du 13e au 18e siècle. Ils sont proposés en ultra-haute définition et l’offre allie la technologie à l’expertise picturale. Elle propose une cinquantaine de visites guidées dont un parcours («  Director's Choice ») conçu par l’historienne d’art et directrice du musée Dagmar Hirschfelder. 

Les internautes peuvent également se divertir en suivant un dialogue fictif entre deux souris qui leur permettra d’approfondir leur connaissance des œuvres. Cette offre innovante basée sur l’intelligence artificielle (IA) a été créée par le studio parisien d’Arts & Culture.

Site: https://recherche.smb.museum/?language=de&limit=15&sort=relevance&controls=none

(Source : Missions allemandes en France )

samedi 24 janvier 2026

Le programme de la Berlinale 2026 dévoilé - vive le 7e Art !


 Du 12 au 22 février, le Festival international du cinéma de Berlin présentera plus de 270 films au public. 22 longs métrages, dont trois allemands, concourront pour remporter les Ours d’or et d’argent. 

Le 21 février, les Ours d’or et d’argent, symboles de la Berlinale dessinés par la sculptrice Renée Sintenis (1888-1965), quitteront la fonderie berlinoise Noack pour venir couronner les lauréats du Festival international du cinéma de Berlin. 

Les 276 films à l’affiche couvrent un spectre allant du drame à la comédie en passant par des thrillers, des documentaires, des histoires d’amour, un western et un film d’animation. « Qui n’y trouve rien à son goût n’aime pas le cinéma », a commenté Tricia Tuttle, la directrice de la Berlinale.    Trois contributions allemandes figurent parmi ces candidats aux Ours d’or et d’argent, dont deux films de réalisatrices. 

Le réalisateur allemand Wim Wenders présidera le jury international du festival. De nombreuses célébrités devraient fouler le tapis rouge, parmi lesquelles les Françaises Juliette Binoche et Isabelle Huppert. Cette dernière tient le rôle principal du film The Blood Countess (Die Blutgräfin). Ce film dUlrike Ottinger est présenté dans la section Berlinale Special Gala. La réalisatrice allemande s’y livre à une réinterprétation moderne, drôle et surprenante de la légende d’Élisabeth Báthory, la "Comtesse sanglante".

jeudi 4 décembre 2025

Ingeborg Bachmann, poétesse hors du commun (suite...) : "Malina"

Nous ne pouvions laisser passer cette coincidence heureuse...

Après la projection du film de Margarethe Von Trotta "Ingeborg Bachmann" lundi 1er décembre via CinéKino, le ciné-club de notre Association, voici qu'un article de Télérama évoque l'écrivaine autrichienne, incarnée cette fois par Isabelle Huppert, dans la reprise d'un film de 1991, "Malina", du titre du seul roman de Bachmann édité de son vivant.

C'est le réalisateur Werner Schroeter disparu en 2010, qui le signe et dans lequel il fusionne littéralement avec son actrice. Le film possède une dimension féministe cruciale, d'autant que le titre ne désigne pas l'héroÏne, m
ais l'homme auprès duquel elle vit tout en s'éprenant d'un autre.  "Malina" est l'histoire d'un féminicide qui ne dit pas son nom, et une virulente charge féministe et anti-patriarcale.

Le film est visible dans certaines salles parisiennes, en version restaurée.

 

 

mercredi 6 août 2025

Thomas Mann, Prix Nobel et "démocrate tardif"

Il est l'un des grands écrivains de la littérature allemande, Prix Nobel en 1929 pour son premier roman "Les Buddenbrook"...paru près de 30 ans auparavant.

Thomas Mann est né à Lübeck en 1875 et mort à Zürich en 1955. Elevé dans une famille de haute bourgeoisie, il tient de sa mère son goût pour la musique et la littérature. Malgré une enfance "comblée et heureuse", il éprouve rapidement de l'aversion pour  la bourgeoisie de Lübeck. Thomas Mann s'oppose à l'étroitesse des sombres bâtiments gothiques, qui se reflètent toujours dans ses romans, mais aussi à l'étroitesse de l'école, qui ne laisse aucune place à l'oisiveté et à la lecture.   

Il écrit "Les Buddenbrook. Le déclin d'une famille" en 1901.  Malgré le fait qu’il a fondé une famille et qu’il connaît du succès en tant qu’auteur, Thomas Mann est instable. Vers l'extérieur, il préserve sa façade de patriarche, mais il ne confie ses sentiments qu'à son journal intime. Il doute de lui-même et de ses capacités.  Son prochain grand roman à succès, La Montagne magique, ne paraît qu'une vingtaine d'années après Les Buddenbrook, soit en novembre 1924.              .../...

 

mardi 15 juillet 2025

Günther Grass, un conteur d'exception

Il y a dix ans, le 13 avril 2015 s’éteignait le Prix Nobel de littérature Günter Grass. Conteur brillant, intellectuel engagé, il était à la fois une grande voix de la littérature allemande de l’après-guerre et une figure incontournable de la vie intellectuelle. 

Günter Grass est né le 16 octobre 1927 à Danzig (aujourd’hui Gdansk, en Pologne) dans une famille de commerçants. Il a fait partie de cette génération d’Allemands qui a grandi sous le nazisme et été marquée par la guerre. À 15 ans, il se porte volontaire pour rejoindre la Wehrmacht. Il devient auxiliaire au sein de la Luftwaffe. Puis, à l’automne 1944, à 17 ans, il rejoint une division blindée des Waffen SS, avant d’être fait prisonnier par l’armée américaine.

Il a avoué avoir cru jusqu’au bout à la victoire du Reich, et ne pas avoir cru les informations qui circulaient sur les camps de concentration. Mais il a attendu l’âge de 79 ans pour révéler son passé dans la SS. Dans son autobiographie, Pelure d’oignons, en 2006, il a dit la honte qui l’avait poursuivi toute sa vie. Elle est sans doute l’une des clés de son œuvre.       .../...

samedi 21 juin 2025

Albert Speer, une mystification de l'Histoire

De tous les hauts dirigeants nazis jugés à Nuremberg, Albert Speer (1905-1981) fut l'un des rares à échapper à la mort et le seul à acquérir, par son repentir, une certaine humanité. Tout au moins en surface...
 
L'architecte chargé par Hitler de la construction de Germania, la cité grandiose censée devenir la capitale du Reich millénaire, reconnut avoir participé à une entreprise monstrueuse de destruction. 
 
Le dauphin chéri de Hitler prétendit pourtant ne pas avoir été informé de la mise en place de la « Solution finale ». Nommé en 1942 ministre de l'Armement, il avait pourtant employé à ce titre des milliers d'esclaves, dont nombre de déportés juifs, afin de mener la guerre totale exigée par le régime. 
 
Pavillon Allemagne en 1937 à l'Expo Universelle Paris
Et Speer ne cessa de faire parler de lui après la guerre. Il put même commencer une seconde vie, au sortir de la prison de Berlin-Spandau en 1966, grâce au succès colossal de ses Mémoires, Au cœur du Troisième Reich. 


II devint même l'ami d'une historienne juive autrichienne spécialisée dans l'étude des bourreaux.  Speer trouva en elle une oreille attentive décidée à lui soutirer un aveu définitif qui ne vint jamais...

jeudi 15 mai 2025

Le travail des femmes à travers l'art - Kulturforum Berlin

Paysannes, servantes, enseignantes, domestiques, courtisanes : une exposition au Kulturforum de Berlin s’intéresse à la représentation du travail des femmes dans l’art.   Égalité salariale, plafond de verre, partage des tâches domestiques : en 2025, l’égalité femmes-hommes demeure un combat. Mais les choses ont évolué.

À Berlin, une petite exposition, au Kulturforum de la Galerie de peintures, tente de le montrer.. Elle rassemble 25 gravures françaises, allemandes, italiennes, espagnoles et hollandaises des 16e, 17e et 18e siècles, issues des collections du Cabinet des estampes. Elle s’intitule « Au travail ! De la besogne et du dur labeur des femmes ». Elle est à visiter jusqu’au 18 mai 2025.

L’exposition dévoile les coulisses du travail des femmes jusqu’au 18e siècle afin de mettre en lumière les travaux pénibles dans les champs, les soins aux enfants ou encore les activités artisanales des femmes    Les œuvres présentées, signées Albrecht Dürer, Lucas Cranach ou Rembrandt, témoignent de la prédominance de la perspective masculine.

Mais il y a des exceptions, et l’exposition leur fait une place. Elle présente des gravures de Louise Magdeleine Horthemels (1686–1767) et de Marguerite Ponce (1745-1800), deux graveuses françaises qui sont parvenues à vivre de leur art.

Une idée apparaît au fil du parcours : sans le travail des femmes, les structures masculines et patriarcales de la société n’auraient pu ni fonctionner, ni perdurer. 

 

Source : Museumsportal Berlin

 

dimanche 11 mai 2025

Chemnitz honore l'un de ses plus célèbres enfants

Capitale européenne de la culture en cette année 2025, Chemnitz est aussi la patrie du peintre expressionniste Karl Schmidt-Rottluff (1884-1976). La ville de Saxe a inauguré récemment un musée dans sa maison natale. Il sera consacré à son œuvre et au mouvement dont il fut le co-fondateur : "Die Brücke".

Le nouveau musée nous mène aux racines de l’œuvre de Karl Schmidt-Rottluff, et plus largement de l’expressionnisme allemand. En effet, c’est à Chemnitz que l’artiste a rencontré Erich Heckel et Ernst Ludwig Kirchner. En 1905, les trois amis ont donné naissance au groupe d’artistes Die Brücke, annonçant l'expressionnisme avant l'apparition de l'autre groupe d'artistes expressionnistes, Der Blaue Reiter.

En 1911, le groupe déménagea à Berlin. Le musée "Die Brücke" de Berlin célèbre actuellement les 120 ans de sa fondation par une rétrospective. 

La maison-musée de Chemnitz maison a été tour à tour un berceau et un refuge pour Karl Schmidt-Rottluff. Le peintre y a rendu visite à sa mère jusqu’en 1936. Puis, il y a vécu entre 1943 et 1946 après le bombardement de son appartement berlinois. Ses œuvres, estampillées « art dégénéré » par les nazis dès les années 1930, furent pour beaucoup détruites. 


Des couleurs lumineuses, des formes simplifiées, l’expression de l’intériorité plutôt que la description de la réalité extérieure, des idéaux élevés et des valeurs traditionnelles : Die Brücke a été l’un des plus éminents représentants de l’expressionnisme allemand, et un précurseur de la modernité classique. 

 

Une rétrospective de l'oeuvre du peintre est visible sur la plateforme Arte.tv    (CLIQUER ICI)           

 

Source : Actualités nouvelles d'Allemagne

vendredi 21 mars 2025

Un philosophe trop méconnu : Johann Gottlieb Fichte (1762-1814)

En ces temps où l'ombre d'affrontements entre nations se fait plus pesante dans le monde et où les nationalismes les plus exacerbés, teintés du populisme qui les accompagne, se manifestent sans vergogne,  il est un philosophe allemand qui mérite qu'on le (re)découvre...

Johann Gottlieb Fichte, né en 1762 en Saxe, et mort en 1814 à Berlin, restera pour la postérité l'auteur de ses fameux "Discours à la nation allemande" rédigés en 1807 et 1808, en pleine occupation napoléonienne de la Prusse après la victoire des armées françaises à Iéna (1806).  Ces écrits font le procès de Napoléon, accusé d'avoir trahi les idéaux de la Révolution française. Fichte y prône la constitution d'une nation allemande démocratique.

Dans ses "Discours...", Fichte invite les Allemands à un profond renouvellement moral et culturel. Même privé de forme politique propre, le peuple peut encore lutter en s’exprimant à partir de sa tradition, en se cultivant, en créant.   .../... (voir suite)

jeudi 13 mars 2025

Au Musée Picasso à Paris, l'Art "dégénéré" s'expose

Du 18 Février au 25 Mai 2025, le Musée Picasso à Paris accueille l'exposition "L'Art 'dégénéré' - Le procès de l'art moderne sous le nazisme", rappel de la sinistre exposition de 1937 à Münich, organisée par le régime nazi.

Une longue liste de noms y recouvre tout un mur où sont répertoriés les 1400 artistes fichés par les autorités nazies.   De l'accession de Hitler au pouvoir jusqu'à la défaite de 1945, le régime a purgé méthodiquement ses propres musées de leurs collections d'avant-garde, soit 20000 pièces accusées de corrompre la pureté allemande.

L'exposition actuelle présente les oeuvres de 37 de ces artistes et c'est la première manifestation organisée en France sur ce sujet.

En Allemagne, l'exposition de 1937, itinérante jusqu'en 1941, fut vue par environ deux millions de personnes, finalement un hommage involontaire des nazis à l'art moderne.

 

mercredi 22 janvier 2025

Un grand marchand d'art allemand à l'Orangerie de Paris

Né en 1914 à Berlin, Heinz Berggruen (1914-2007), après des études de lettres et d'histoire de l'art, s'installe à Paris en 1947 et s’engouffre petit à petit dans le marché de l’art : après une première galerie Place Dauphine, il s’installe définitivement rue de l’Université où il se spécialise notamment dans les arts graphiques des artistes modernes.

Il acquiert une renommée internationale dans le domaine de l'estampe, notamment après avoir organisé la première exposition de gravures de Paul Klee, en 1950, et celle des « papiers découpés » de Matisse en 1953.  

Berggruen fut aussi un proche de Picasso et en 1996, il retourne vivre à Berlin, sa ville natale. Il emporte avec lui sa collection dont il fait don à l'État allemand en 2000. 

Guidé par ses propres goûts et affinités, il constitue une solide collection d’œuvres du 20ème siècle autour de ses deux maîtres favoris : Picasso et Klee.

En ce moment, au Musée de l'Orangerie à Paris ,vous pouvez voir la centaine de chefs-d’œuvre de Picasso, Klee, Matisse ou encore Giacometti. L'exposition permet de revaloriser un acteur majeur du marché de l’art parisien de la deuxième moitié du XXe siècle.

Elle se termine le 27 janvier 2025, il est encore temps !

mardi 14 janvier 2025

Dans les traces de Hermann Hesse en Forêt Noire

 

S'il fallait mettre un nom sur l'un des plus grands écrivains allemands, prix Nobel 1946, auteur, entre autres oeuvres magistrales, du roman "Le Loup des steppes" ?...oui, il s'agit bien de Hermann Hesse (1877-1962) .

Hesse est né dans la petite ville de Calw, dans le Bade-Würtemberg, encaissée entre la rivière Nagold et la Forêt Noire. Calw compte plus de deux cents maisons à colombages du XVIIe siècle et était à l'époque une enclave piétiste au protestantisme rigoureux où les rêveurs n'étaient pas très considérés.  Le jeune Hermann saisissait toutes les occasions d'échapper au contrôle social de la communauté.  Il aimait rêvasser et taquiner le goujon, marauder au bord de la Nagold en passant devant les ruines saisissantes de l'abbaye de Hirsau.

Mais c'est au monastère cistercien de Maulbronn, aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, fondé en 1147, que Hesse fera ses études en 1891.  L'église, avec ses arcades romanes et ses voûtes gothiques, serait aussi le lieu d'un miracle. Chaque solstice d'été, le 21 juin, les visiteurs guettent le rayon de soleil qui traverse le vitrail et illumine la couronne d'épines du Christ.

Le jeune homme rêveur et un peu touche-à-tout (il fut apprenti libraire et mécanicien-horloger) devint l'écrivain allemand le plus lu au monde...n'est-ce pas là le véritable miracle de Maulbronn ?


Sources : Telerama 2023





mercredi 26 juin 2024

1724-2024 : La pensée de Kant a 300 ans

Il y a 300 ans naissait le philosophe allemand Emmanuel Kant, à Königsberg très précisément le 24 avril 1724.  

À quelques exceptions près, Kant n’a pas quitté sa ville natale jusqu’à sa mort en 1804. Il est surprenant que ce « voyageur en fauteuil » se soit penché sur la question de la vie sur d’autres planètes et l’ait considérée comme possible. 

Son emploi du temps strict est bien connu, avec des promenades quotidiennes qu’il semblait terminer à la minute près. La routine montre sa discipline cohérente avec laquelle il s’est consacré en particulier à ses trois critiques : la critique de la raison pure (1781), la critique de la raison pratique (1788) et la critique de la faculté de juger (1790). Elles sont considérées comme un tournant révolutionnaire de la philosophie européenne.                                                                          .../...