1945, l’Allemagne vaincue est détruite, le régime en déroute, un grand nombre d’hommes faits prisonniers. La démocratie n’existe pas. Tout est à (re)construire. Les troupes alliées ont amené avec elles, et notamment les Américains, le Jazz, une musique si prenante que la jeunesse européenne se laisse séduire immédiatement.
Les Allemands ne font pas exception, ils sont saisis par cette musique qui leur permet de se libérer, de s’exprimer, imités en cela par les autres États, vaincus ou vainqueurs. C’est au son de cette musique américaine, et plus tard du rock ‘n’ roll, qu’ils vont apprendre ou réapprendre la démocratie occidentale.
Mais cette musique est-elle seulement émancipatrice ou plutôt le symbole de la mainmise d'une autre puissance dominante désormais ? La question s’est déjà posée avec la même acuité en 1920, date à laquelle les Allemands furent confrontés pour la première fois au jazz dans des circonstances assez proches de 1945 : une défaite humiliante, l’effondrement du régime, une démocratie imposée par les vainqueurs . .../...
Musique typiquement américaine et même noire-américaine, le jazz et plus particulièrement à cette époque le swing était donc bien évidemment dans
le viseur de cette politique qui distinguait la musique pure de l’Entartete Musik ("musique dégénérée") Le jazz est l’incarnation de la musique nègre (le NSDAP parle de niggerjazz),
immorale et primitive. Très vite, les importations des disques
anglo-saxons sont interdites et la diffusion du jazz sur les ondes
proscrite dès 1935. Ecouter et danser sur du jazz swing devint un geste politique même chez
une jeunesse jusqu’ici frivole, non violente et apolitique, l'équivalent de nos "zazous" français.
Laissons le mot de la fin à l'un des grands jazzmen d'Outre-Rhin, Heinz Jakob « Coco » Schumann, musicien berlinois d’origine juive qui a survécu en jouant du jazz dans un groupe baptisé « Ghetto-Swingers » dans les camps de concentration de Theresienstadt, d’Auschwitz et de Dachau : « Quand on a le swing au corps, on ne peut pas marcher au pas. »
Pour la première fois en Allemagne, c’est Cologne qui accueillera la conférence annuelle de l’European Jazz Network en septembre 2026.

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